Tout le monde se souvient, en mars dernier, l’annonce, par le gouvernement fédéral, des compressions au budget de Radio-Canada d’un montant de 115 millions de dollars sur trois ans. Rappelons aussi que ce seront 47 millions qui seront perdus dans l’abolition du Fonds pour l’amélioration des productions locales d’ici 2014 : une décision prise par le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes l’année dernière.
La menace pèse sur les emplois : ce serait 650 emplois qui seraient menacés à cause des décisions du gouvernement fédéral. Elle pèse aussi, bien évidemment, sur le mandat de Radio-Canada. Comment informer, éclairer et divertir, quand on est amputé de 10 % de son budget? Cela nécessite forcément des réajustements. La qualité de la programmation s’en trouve affaiblie et les conditions de travail sont stressantes au sein de la Société Radio-Canada. En 2005, une étude de Jean-Pierre Brun, professeur à la chaire en gestion de la santé et de la sécurité au travail de l’Université Laval avait confirmé que 44 % des salariés de Radio-Canada présentaient des signes de détresse psychologique. Ce pourcentage représente le double de ce qui est habituellement observé dans la population en général.
Le malaise ne touche pas seulement le diffuseur public canadien.
La RNE, diffuseur public espagnol, aux prises à des accusations de diffusion d’idéologies politiques, aurait perdu un grand nombre d’auditeurs et serait en difficulté pour regagner en crédibilité tant la qualité de sa programmation est décriée.
France Télévisions a également subi une compression de 85 millions d’euros dans son budget. Elle se voit contrainte de trouver d’autres financements et de revoir sa grille de programmation.
Néanmoins, le Canada reste parmi les derniers pays démocratiques quand on regarde le coût par habitant reversé au diffuseur public. Lors de la troisième année de coupes, on prévoit qu’il sera de 29 $ au Canada, tandis qu’actuellement, en Norvège ou en Allemagne, ces participations dépassent les 130 $ par habitant.
Pour se financer, Radio-Canada se risque désormais à rejoindre ce que fait la télévision privée. Lors des audiences du CRTC pour le renouvellement des licences de Radio-Canada qui ont eu lieu fin novembre dernier, il a été question de placer de la publicité sur Espace Musique et Radio2. Alex Levasseur, président du Syndicat des Communications de Radio-Canada, a remis en question la légitimité du statut de diffuseur public lorsqu’on sait que 50 % du financement de la Société Radio-Canada provient du secteur privé.
Le moyen de continuer à assurer le mandat qui vise à informer, éclairer et divertir les Canadiens est de pouvoir compter sur un financement augmenté, pluriannuel et stable. Et cela grâce à l’appui du gouvernement fédéral. S’agissant des ressources, il en va du budget, mais aussi des ressources humaines. Les conditions de travail des journalistes doivent être préservées afin qu’ils produisent une information de qualité. Brian Myles, président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec a rappelé que sans le journalisme d’enquête que réalise Radio-Canada, il n’y aurait peut-être pas eu de commission Charbonneau. Au-delà des considérations d’audiences, Radio-Canada joue un rôle pour notre société et il en va de notre culture et de notre droit à être informé lorsqu’on coupe dans son budget.
Source : Huffington Post, RFI, El Pais, Perspectives CSN.